La visite de Puntso à l’école de Soreng (juin 2018)

 

Le jour est arrivé d’aller visiter et éprouver de visu le chantier de la future école de Soreng pour laquelle l’association l’Ecole dans le ciel est en train de se mobiliser. Habituellement, Tengzin Wangpo met trois heures depuis Kalimpong pour arriver jusqu’à Soreng (un taxi, une jeep, de la marche et une jeep encore, car c’est le moins cher). Nous mettons à peine une heure et demie ; pour l’occasion il a demandé au vieux et dévoué Pada de nous conduire. Voilà six mois que nous sommes abreuvés de photo et de vidéos du terrain et du chantier via WhatsApp grâce à Lodrö, le trésorier de l’équipe. Fini les écrans, voyons la réalité. Nous arrivons.

Nous nous rendons ensuite à la maison de Mam, c’est ainsi que tout le monde surnomme l’ancienne propriétaire, brave femme de 82 ans qui a vendu le terrain et qui nous accueille avec chaleur.

Elle raconte : « Tout commence en 1995 quand Shamar Rinpoché, dans sa maison sur la montagne face à ici, depuis sa terrasse, alors qu’il boit un thé, pointe un terrain en affirmant que ce sera un lieu privilégié pour une école de filles. C’était mon terrain. Quelque temps après, il envoie un intendant pour prendre contact avec moi pour m’annoncer son souhait d’acheter ce terrain.Sept années se passent et malgré de nombreuses propositions juteuses je ne vends mon terrain à personne. Sept ans plus tard, Rinpoché me rend visite pour conclure l’achat. Plus tard, j’ai réparti l’argent de a vente en dons à différents monastères de la région. Comme ça c’est bon pour tout le monde. » Et elle rigole.

 

Mam a deux filles qui toutes deux ont une bonne situation, l’une à Darjeeling et l’autre à Katmandou. Elles mettent la pression pour que leur mère vienne vivre en ville avec l’une d’entre elles. Mais Mam est têtue et Mam ne veut pas. Elle veut rester vivre dans son village. Mais Mam est tombée dans les escaliers. Les deux filles : « Tu vois, on te l’avait dit, il faut venir vivre avec nous. » Et Mam conclut : « Comme si cela avait changé quelque chose. Ici ou ailleurs si je serais tombée, c’est mon karma et puis c’est tout ! » Et Mam rigole. Nous la saluons et elle remercie de la visite. Nous la re-saluons et elle re-remercie de la visite. Nous la re-saluons encore et elle re-remercie encore de la visite. Nous nous en allons. En marchant Tenzing Wangpo continue l’histoire du terrain : « Après la vente, quelques années encore se passent, pendant ce temps il a fallu clôturer le terrain et y amener l’eau. Finalement, l’année passée la décision est prise de commencer le chantier. Jigmé Rinpoché m’a alors désigné pour assurer le suivi de la construction de l’école. »

Nous arrivons sur le terrain de l’école. Dès qu’il fut nommé chef de projet, Tenzing a formé sa « team de confiance » : Lodrö, un moine du shédra pour s’occuper de l’argent et Popri, un ancien moine du monastère de Rumtek comme intendant. À trois ils forment la paire, comme les cinq doigts de la main ! Lodrö est vif, bavard et généreux. Popri est taiseux, pondéré et généreux.

Nous descendons ensemble jusqu’au chantier – nous sommes sur les plateaux de Darjeeling, ici, ou tu montes ou tu descends, rien n’est naturellement plat. Sur la plate forme, une douzaine d’ouvriers se démènent à remplir de béton un espace entre le côté d’une butte de terre et de la tôle ondulée pour former un mur. Ils sont menés par Motul et Mama, les deux chefs de chantiers qui gèrent l’équipe. Le vrai nom de Motul est Magibulrahaman, voilà pourquoi ils l’ont appelé Motul. Nous visitons l’ensemble du terrain. En mettant bout à bout ce que les uns et les autres m’expliquent, j’arrive à avoir une vision cohérente de ce qui s’est passé, de ce qui est en jeu et de l’avenir. Je résume : le chantier a commencé il y a six mois par la fosse septique, puis les fondations de l’internat (qui dans un premier temps servira d’école tout court). Aujourd’hui ils renforcent le côté de la butte qui surplombe le futur bâtiment en construction. Pour l’avenir : construction des salles de classe, d’un temple dédié à aux villageois, des logements pour les professeurs, d’une guest house pour les visiteurs et à terme une sorte de buvette pour touristes. Il s’agit bien de l’avenir ! Étape numéro un : finir l’internat. Cela permettra déjà de commencer à faire la classe.

Arrive Mr Ashok Brahdan, architecte de son état, hindouiste cultivé et disert. Il prend le temps de m’expliquer la première tranche de construction sur base de plans détaillés. Je l’interromps de temps en temps pour demander des précisions, il y répond bien volontiers. Je lui demande alors comment il conçoit, en tant qu’architecte, l’esprit de ce projet d’école dans ce village de Soreng ? Il est un peu étonné de la question, mais il semble content de pouvoir y répondre. D’une traite il explique : « Il faut que le projet et les bâtiments correspondent aux besoins de ceux qui vont y vivre. Pour chaque projet, je m’efforce de considérer l’ensemble des contingences comme le climat, la région, l’environnement, la population. Et puis ce sera une école. Il n’y a rien de plus important que l’éducation. Combiner les convictions des élèves et des professeurs avec le fait d’apprendre, c’est cela l’éducation. Fiers de leurs convictions, ils pourront être utile à a société avec les connaissances qu’ils auront acquises. »

 Nous descendions visiter le chantier. Il m’explique combien en tant qu’architecte il est important d’être en contact avec ceux qui sont sur le terrain et de prendre la peine d’expliquer et de communiquer avec eux ; c’est ce qui permet à chacun d’apprendre et d’éviter les erreurs. En effet, Mr Brahdan écoute les questions, il explique, il prend le temps. Et finalement, au bout du compte, il prend congé, non sans avoir fait une photo de groupe avec toute l’équipe avant de s’éclipser.

Ainsi se termine la première visite de la future école de Soreng.